Livres parus

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« La finesse graphique de ce blog en fait un des tout premiers exemples d'usage intelligent et sensible du net sur ce registre.
Il donne du plaisir et à penser. Merci. »

Jean-Luc Nancy

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Mercredi 23 juillet 2008







De retour de vacances, première insomnie, je tombe sur un merveilleux passage de Trois jours chez ma mère, de Weyergans.

« Très bien, me dis-je, l’évocation de mes vacances à la montagne est toute trouvée. Je ne pourrais mieux dire. »

Et je m’endors enfin.

 

« D’après les dépliants, l’Isère fourmillait de murs d’escalade, de patinoires, de tennis couverts, de piscines olympiques. Le moindre village organisait des baptêmes de l’air en parapente, des randonnées dites « rando », des parcours nocturnes en VTT avec lampe frontale, des week-ends « Découverte de la vie de berger » en gîte d’alpage : « Après ce week-end, la vie de berger n’aura plus de secret pour vous. » Voilà ce qu’il lui fallait ! Vivre dans l’air revigorant des pâturages avec pour compagnons des chèvres et des moutons. Le soir, quand le troupeau serait endormi, il écrirait à la lueur des bougies. Personne ne viendrait le déranger, ses seuls visiteurs seraient les aigles et les chamois. Le week-end, Juliette Chavoz ou la blonde au micro-short, munies de cordes ou de piolets, escaladeraient la montagne pour venir égayer sa solitude. Et puis, un beau jour, il quitterait la bergerie, il disparaîtrait à plus de trois mille mètres d’altitude dans le massif de la Vanoise où il découvrirait sa Montagne des Nuages Précieux. Expirant le vieux souffle et inspirant le nouveau, il vivrait dans une grotte et fabriquerait lui-même son encre en mélangeant du noir de fumée à du miel. Il écrirait son livre avec des pinceaux faits de cheveux de nouveau-nés, de moustaches de tigre et, pour finir, de ses propres cils. »

 





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Jeudi 10 juillet 2008







Huile sur panneau d’isorel. Ca remonte à pas mal d’années. Impressionnant, non ? Je me demande vraiment pourquoi je n’ai pas continué à peindre… Enfin si, je vois bien la raison et elle n’est pas glorieuse : manque de place. On ne peut pas peindre dans un petit deux pièces lorsqu’on y vit à deux. J’ai pourtant essayé. Mais c’était infernal. Je me suis rabattu sur le dessin, moins encombrant, plus propre.

Un jour, si je renais dans la peau d’un homme riche, je serai peintre. Je  ferai des petites pochades bien enlevées qui feront l’admiration de tous. Je les vendrai comme des petits pains et je serai riche, très riche. Une foule de jeunes gens se presseront pour devenir mes élèves. J’aurai quantité d’aventures.

 

(En attendant je pars quelque temps pour aller retrouver l’espace béni de la montagne.)

 




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Mercredi 9 juillet 2008

 








Ce n’était pas si mal l’hôpital, j’avais la paix...

(Je ne cherche rien d’autre que la paix dans cette existence. Avoir la paix, qu’on me foute la paix, être en paix. C’est aussi ce que je recherche en dessinant : saisir la paix, le calme, le repos, l’arrêt bienheureux.)

Je n’avais pas à me projeter. Je n’avais pas à lutter, à me forcer, à me prendre en main. Il n’y avait aucune attente – ou bien très minime : le plateau du repas, le passage de l’infirmière, la visite d’un ami…

Ca fait plus de quinze jours que je suis rentré chez moi et je suis encore bien fatigué. Les maux de têtes n’ont pas encore tout à fait disparus. C’est d’autant plus inconfortable qu’il me faut composer avec la nécessité de m’habiller, de faire les courses, de travailler un minimum, de tenter de faire bonne figure, de donner le change…

Arff...




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Mardi 8 juillet 2008













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Lundi 7 juillet 2008

A. dit que je ne peux pas m’empêcher de mordre et de faire "tsss tsss" à tous moments.
Elle fouille sous le lit et en sort un petit serpent en peluche pour me montrer à quoi je ressemble.


 





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Samedi 5 juillet 2008

 


 



Série de dessins (et de photos de dessins) rassemblés pour le

chapitre de Beau voir, de Sébastien Smirou, intitulé La girafe.

   Je vous invite à vous rendre ici pour en savoir plus.

 

 

 



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Vendredi 4 juillet 2008

Dieu qu’il est bon de pouvoir sortir de chez soi pour se promener sans but d’un pas ralenti et content de l’être ! Les vitrines sont un régal pour l’œil : toutes ces babioles sont si drôles à se tourner vers nous dans l’espoir d’attirer notre attention. Comme il est plaisant de les observer pour ce qu’elles sont d’un œil dégagé, suprêmement indifférent…

 

 

 






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Mercredi 2 juillet 2008
(Abrégeons ce long bardo, et revenons au quotidien - au merveilleux quotidien.)





(Un jeune homme plein d'avenir.)




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Lundi 30 juin 2008

 

 






(Il y fait un peu froid.)




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Samedi 28 juin 2008

Je réalise entre deux rêveries que mes dessins, mes livres, semblent préfigurer mon accident. Ils contenaient déjà tout ce qui vient de me tomber dessus.

D’autre part cet accident m’offre l'occasion de vérifier de manière radicale que certaines de mes convictions les plus profondes collent bien à la réalité.

C’est maintenant d’expérience de première main que je peux répéter ce que j’ai toujours dit, à savoir que je ne suis pas ce corps, cette personne vagissante, instable, capricieuse, vite contrariée.

L'identification à « soi » (au complexe corps/mental) n'est que provisoire et elle est basée sur un malentendu.

Adorable malentendu d'ailleurs, inutile de vouloir le dissoudre. C'est cette méprise - basée sur une illusion tenace - qui fait tout le charme du monde : on est tous plongé dans un mauvais feuilleton et on y croit dur comme fer. Ça fait des histoires à raconter, c'est rigolo...

 

 

 


 


















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Vendredi 27 juin 2008

Pour mon sixième réveil, on m’a apporté un gros colis. Il contenait le livre sur l’exploitation minière du nord de l’Espagne pour lequel j’ai réalisé plusieurs dessins cette année, ainsi quelques exemplaires de la traduction espagnole de J’ai tout mon temps.

Premier sourire.

 

 





























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Mercredi 25 juin 2008


 

            « - "Quel jour nous sommes" ? Je n’en sais rien.

            Jeudi ? Mardi ? Non vraiment je ne sais pas.

            Mais ce n’est pas nouveau : je ne suis jamais sûr du jour que nous sommes.

            Je travaille chez moi. Je ne lis pas les journaux, je ne regarde pas la télé.

            Je vis sans agenda. »


 


 


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Mardi 24 juin 2008



                          

                   

      « - Attention, je fais la petite toilette...

         - Faites, faites… »


 

 



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Lundi 23 juin 2008
bom boum bom boum bom boum bom


 

(Qu’est-ce que… ? Encore une hallucination ?)



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Dimanche 22 juin 2008



(ça passera, ça passera)




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Vendredi 20 juin 2008





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Mardi 17 juin 2008










Voilà notamment ce que ce sera de mourir : arrêter soudainement de publier quotidiennement sur ce blog (qui est tout autant un journal qu’un atelier).

Le laisser figé sur un certain dessin qui sera le dernier sans que j’aie pu le prévoir. Sans conclusion, sans adieu.

Mourir : laisser en plan.

 

J’ai donc failli mourir. Certains ici ont pu le pressentir du fait de l’interruption soudaine de toute publication depuis trois semaines. (Comme me l’a écrit Sylvain : « C'est l'avantage de faire un blog : quand tu es mort les autres s'en aperçoivent. ») Il s’en est fallu de peu que je ne puisse revenir bricoler ici, ni ailleurs.

 

« Rupture d’anévrisme ». Sans aucune cause, simplement une faiblesse congénitale d’une des précieuses artères qui irriguent le cerveau. Elle s’est rompue sans prévenir, entraînant une hémorragie cérébrale. Opération délicate pour la ligaturer, trois semaines d’hospitalisation – dont dix jours en réanimation. On y reste souvent. Et quand on a la chance de s’en sortir, c’est bien souvent avec de graves séquelles : paralysie de tel ou tel membre (sinon de tout un côté du corps) ; ou bien amnésies plus ou moins graves – la plus étrange, et sûrement la plus éprouvante, étant l’amnésie de la mémoire à court terme : on sait qui l’on est, ce qu’on a vécu par le passé, mais on se sait plus si l’on vient de tourner à droite ou à gauche, ni où l’on avait décidé d’aller il y a un instant…

 

J’en sors sans séquelle, c’est une chance inouïe.

Je reprends mes crayons avec émotion.


 

 


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Mercredi 28 mai 2008







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Mardi 27 mai 2008

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Lundi 26 mai 2008

 


 

 

 

 

« Le montage suppose une mise en relation volontaire résultant d'une décision. Que se passe-t-il quand la décision n'est pas prise mais s'impose de l'intérieur comme quelque chose qui survient ? Peut-on, doit-on alors parler seulement d'association ? Il me semble que non et que le terme de montage doit être malgré tout conservé, et pour au moins deux raisons. Tout d'abord parce que le terme "association" est vague et sous-entend une pure passivité. Or il s'agit d'action, la mise en relation s'impose avec une sorte de violence, ou du moins avec un effet d'irruption, il y a en elle quelque chose d'automatique et de tranché. Mais surtout parce qu'il n'y a aucune raison de séparer par un trait net les actes de production de pensée mettant en œuvre des processus logiques reconnus comme tel au moment du penser et les actes de production qui semblent procéder d'une dérive interne discontinue. Rien ici ne permet d’opposer un univers solide, fait de constructions, ou plutôt de constructibilité, à un univers de flux plus ou moins exposé à son autodissolution. Le cheminement ou, plus précisément encore, ce que dans le monde médiéval on appelait le ductus, soit le chemin conducteur de la pensée, se produit simultanément comme flux et comme articulation et, s’il y a bien alternance de moments plutôt flottants, si l’on observe au long de ce long, de cet interminable cours, quantité de flous, de sautes et de surimpressions, il reste qu’avec toutes ces discontinuités internes la pensée se produit et s’exerce avant tout comme un continuum, et c’est pourquoi la comparaison avec le film, qui vient automatiquement, conserve sa validité lorsqu’il s’agit de deux plans fixes qui sont associés. Au sein du flux continu-discontinu et conscient-inconscient du penser, c’est comme si chaque image de la bande passante avait la capacité de s’arrêter, et comme si chacun de ces arrêts sur image avait le pouvoir de faire repartir le film en en ayant infléchi le cours. Entre l’image fixe et l’image-mouvement il n’y a pas pour l’esprit de différence d’essence. »

 
Jean-Christophe Bailly, L’instant et son ombre, Seuil.

 



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