Huile sur panneau d’isorel. Ca remonte à pas mal d’années. Impressionnant, non ? Je me demande vraiment pourquoi je n’ai pas continué à
peindre… Enfin si, je vois bien la raison et elle n’est pas glorieuse : manque de place. On ne peut pas peindre dans un petit deux pièces lorsqu’on y vit à deux. J’ai pourtant essayé. Mais
c’était infernal. Je me suis rabattu sur le dessin, moins encombrant, plus propre.
Un jour, si je renais dans la peau d’un homme riche, je serai peintre. Je ferai des petites pochades bien enlevées qui feront
l’admiration de tous. Je les vendrai comme des petits pains et je serai riche, très riche. Une foule de jeunes gens se presseront pour devenir mes élèves. J’aurai quantité d’aventures.
(En attendant je pars quelque temps pour aller retrouver l’espace béni de la montagne.)
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Ce n’était pas si mal l’hôpital, j’avais la paix...
(Je ne cherche rien d’autre que la paix dans cette existence. Avoir la paix, qu’on me foute la paix, être en paix. C’est aussi ce que je recherche
en dessinant : saisir la paix, le calme, le repos, l’arrêt bienheureux.)
Je n’avais pas à me projeter. Je n’avais pas à lutter, à me forcer, à me prendre en main. Il n’y avait aucune attente – ou bien très minime :
le plateau du repas, le passage de l’infirmière, la visite d’un ami…
Ca fait plus de quinze jours que je suis rentré chez moi et je suis encore bien fatigué. Les maux de têtes n’ont pas encore tout à fait disparus.
C’est d’autant plus inconfortable qu’il me faut composer avec la nécessité de m’habiller, de faire les courses, de travailler un minimum, de tenter de faire bonne figure, de donner le
change…
Arff...
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A. dit que je ne peux pas m’empêcher de mordre et de faire "tsss tsss" à tous moments.
Elle fouille sous le lit et en sort un petit serpent en peluche pour me montrer à quoi je ressemble.
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Série de dessins (et de photos de dessins) rassemblés pour le
chapitre de Beau voir, de Sébastien Smirou, intitulé La girafe.
Je vous invite à vous rendre ici pour en savoir plus.
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Dieu qu’il est bon de pouvoir sortir de chez soi pour se promener sans but d’un pas ralenti et content de l’être ! Les vitrines sont un régal
pour l’œil : toutes ces babioles sont si drôles à se tourner vers nous dans l’espoir d’attirer notre attention. Comme il est plaisant de les observer pour ce qu’elles sont d’un œil dégagé,
suprêmement indifférent…
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(Abrégeons ce long bardo, et revenons au quotidien - au merveilleux quotidien.)
(Un jeune homme plein d'avenir.)
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(Il y fait un peu froid.)
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Je réalise entre deux rêveries que mes dessins, mes livres, semblent préfigurer mon accident. Ils contenaient déjà tout ce qui vient de me tomber
dessus.
D’autre part cet accident m’offre l'occasion de vérifier de manière radicale que certaines de mes convictions les plus profondes collent bien à la
réalité.
C’est maintenant d’expérience de première main que je peux répéter ce que j’ai toujours dit, à savoir que je ne suis pas ce corps, cette personne
vagissante, instable, capricieuse, vite contrariée.
L'identification à « soi » (au complexe corps/mental) n'est que provisoire et elle est basée sur un malentendu.
Adorable malentendu d'ailleurs, inutile de vouloir le dissoudre. C'est cette méprise - basée sur une illusion tenace - qui fait tout le charme du
monde : on est tous plongé dans un mauvais feuilleton et on y croit dur comme fer. Ça fait des histoires à raconter, c'est rigolo...
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Pour mon sixième réveil, on m’a apporté un gros colis. Il contenait le livre sur l’exploitation minière du nord de l’Espagne pour lequel j’ai
réalisé plusieurs dessins cette année, ainsi quelques exemplaires de la traduction espagnole de J’ai tout mon temps.
Premier sourire.
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bom boum bom boum bom boum bom
(Qu’est-ce que… ? Encore une hallucination ?)
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Voilà notamment ce que ce sera de mourir : arrêter soudainement de publier quotidiennement sur ce blog (qui est tout autant un journal
qu’un atelier).
Le laisser figé sur un certain dessin qui sera le dernier sans que j’aie pu le prévoir. Sans conclusion, sans adieu.
Mourir : laisser en plan.
J’ai donc failli mourir. Certains ici ont pu le pressentir du fait de l’interruption soudaine de toute publication depuis trois semaines. (Comme me
l’a écrit Sylvain : « C'est l'avantage de faire un blog : quand tu es mort les autres s'en aperçoivent. ») Il s’en est fallu de peu que je ne puisse revenir bricoler ici, ni
ailleurs.
« Rupture d’anévrisme ». Sans aucune cause, simplement une faiblesse congénitale d’une des précieuses artères qui irriguent le cerveau.
Elle s’est rompue sans prévenir, entraînant une hémorragie cérébrale. Opération délicate pour la ligaturer, trois semaines d’hospitalisation – dont dix jours en réanimation. On y reste souvent.
Et quand on a la chance de s’en sortir, c’est bien souvent avec de graves séquelles : paralysie de tel ou tel membre (sinon de tout un côté du corps) ; ou bien amnésies plus ou moins graves
– la plus étrange, et sûrement la plus éprouvante, étant l’amnésie de la mémoire à court terme : on sait qui l’on est, ce qu’on a vécu par le passé, mais on se sait plus si l’on vient de
tourner à droite ou à gauche, ni où l’on avait décidé d’aller il y a un instant…
J’en sors sans séquelle, c’est une chance inouïe.
Je reprends mes crayons avec émotion.
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« Le montage suppose une mise en relation volontaire résultant d'une décision. Que se passe-t-il quand la décision n'est pas prise mais s'impose de l'intérieur
comme quelque chose qui survient ? Peut-on, doit-on alors parler seulement d'association ? Il me semble que non et que le terme de montage doit être malgré tout conservé, et pour au moins deux
raisons. Tout d'abord parce que le terme "association" est vague et sous-entend une pure passivité. Or il s'agit d'action, la mise en relation s'impose avec une sorte de violence, ou du moins
avec un effet d'irruption, il y a en elle quelque chose d'automatique et de tranché. Mais surtout parce qu'il n'y a aucune raison de séparer par un trait net les actes de production de pensée
mettant en œuvre des processus logiques reconnus comme tel au moment du penser et les actes de production qui semblent procéder d'une dérive interne discontinue. Rien ici ne permet d’opposer un
univers solide, fait de constructions, ou plutôt de constructibilité, à un univers de flux plus ou moins exposé à son autodissolution. Le cheminement ou, plus précisément encore, ce que dans le
monde médiéval on appelait le ductus, soit le chemin conducteur de la pensée, se produit simultanément comme flux et comme articulation et, s’il y a bien alternance de moments plutôt
flottants, si l’on observe au long de ce long, de cet interminable cours, quantité de flous, de sautes et de surimpressions, il reste qu’avec toutes ces discontinuités internes la pensée se
produit et s’exerce avant tout comme un continuum, et c’est pourquoi la comparaison avec le film, qui vient automatiquement, conserve sa validité lorsqu’il s’agit de deux plans fixes qui sont
associés. Au sein du flux continu-discontinu et conscient-inconscient du penser, c’est comme si chaque image de la bande passante avait la capacité de s’arrêter, et comme si chacun de ces arrêts
sur image avait le pouvoir de faire repartir le film en en ayant infléchi le cours. Entre l’image fixe et l’image-mouvement il n’y a pas pour l’esprit de différence d’essence. »
Jean-Christophe Bailly, L’instant et son ombre, Seuil.
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